vendredi 1 mars 2013

Quand la pieuvre urbaine engloutira l’espace agricole…

…nous espérons qu’elle n’aura pas d’indigestion. 

N’allons pas aux agriculteurs, ils viendront à nous. Peut-on compter sur l’agriculture urbaine pour nourrir la part de la population qui vivra en ville en 2030, soit 75 % de la population mondiale?

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Elle semble être pleine de promesses. En 1996, on estimait que 800 millions de personnes avaient une activité liée à l’agriculture urbaine. Dans les pays du Sud, la situation est beaucoup mieux connue que dans ceux du Nord et c’est une avalanche d’exemples que l’on pourrait citer. Certaines villes s’autoalimenteraient de 60% à 100% en produits frais. Au Nord, quelques pays sont plus avancés que d’autres dans cette réflexion. Dans nos contrées françaises, avant d’avoir une vocation alimentaire, c’est surtout la création d’un lien social qui pousse depuis quelques temps les gens à partager un jardin, en attendant d’investir les toits dans quelques années. C’est finalement assez récent. Il ne s’agit pas encore réellement d’agriculture, on en est encore au stade de jardinage. Une sorte de manière d’échapper à la solitude urbaine, parce que pour le moment, l’approvisionnement de nos villes modernes est loin d’être la première de nos préoccupations. Mais si on y réfléchit, c’est vrai qu’il y en a de la place. Entre ronds points, parcs, jardins, toits et bâtis, toute surface qu’elle soit horizontale ou verticale peut être exploitable pour y faire pousser le moindre haricot.

Ainsi, l’agriculture s’intégrera dans le métabolisme urbain.
Tout cela amène à repenser notre conception de l’agriculture, de la nature et de la ville. Agriculture urbaine…plutôt paradoxale comme expression, non ?

Les villes sont le gouffre de l’espèce humaine. Parce qu’on y dépérit. La ville, par son essence même, est stérile. En grignotant les espaces urbains autour d’elle pour s’agrandir, elle devient même stérilisatrice. En y ajoutant la pollution qui y règne, du sol et de l’air, difficile de croire que la ville aura un jour une fonction agricole. Mais même avant de parler d’agriculture, peut-on déjà parler de nature en ville ? Bien que l’agriculture ne soit pas « naturelle », dans le sens où c’est une invention de l’homme, on peut se demander où il pourrait bien y avoir un brin de nature en ville. Les espaces verts ne sont que des artifices colorés pour tromper l’imagination des hommes.

Une agriculture urbaine sera donc forcément une agriculture encore plus artificielle que celle de nos campagnes. Pas de terre, pour commencer. Quels substrats pour nos tomates ? L’hydroponie est au goût du jour. Avez-vous déjà mangé des tomates hydroponiques -ou pétrotomates ? Ah mais surement, puisque 95% des tomates vendues en France le sont. Vous ne vous en souvenez pas ? C’est normal, elles n’ont aucun goût. On peut espérer cependant que l’on pourra créer des substrats organiques à partir de nos déchets ménagers. Il y a du potentiel vu le gâchis.

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Ensuite, si on se réfère aux spéculations de quelques paysagistes et architectes futuristes, l’agriculture urbaine ne pourra pas se faire sans construction de fermes verticales. En terme d’espace, l’horizontal ne suffira pas. Il y en a, des projets sur le sujet ! Ca a commencé un peu…et c’est extrêmement énergivore. Parce qu’on se retrouve avec des systèmes qui ne peuvent pas utiliser la lumière du soleil, vous savez, ce truc gratuit et inépuisable que les végétaux utilisent depuis des millions d’années. Et oui, il y aura des lampes rien que pour nos petits légumes. Et puis, ils y voient grands nos architectes, on pourrait y mettre des arbres et aussi des animaux…

Voilà on nage dans l’océan du délire. Ca sera peut être mieux que d’avaler des petites pilules alimentaires dans 100 ans. Au moins là, elles seront camouflées par nos tomates.

Mais ceci est le scénario le plus pessimiste que l’on puisse concevoir, juste parce que le propre de l’homme c’est de faire un peu tout et n’importe quoi. L’agriculture urbaine pose beaucoup de questions. Restons positifs ! Face aux multitudes de petites initiatives qui naissent chaque jour un peu partout, l’espoir  que la conscience collective ne laissera jamais faire ça est réel. Si on ne se précipite pas et qu’on réfléchit à de tels investissements sur le long terme, il n’y a pas de raison de finir dans la matrice. Rien qu’autour de vous, il y a des AMAP et des jardins partagés à foison. Allez y faire un tour, découvrez, partagez, profitez ! Peut être que vous serez alors convaincu qu’une agriculture urbaine saine est possible, à condition que tout le monde y mette son grain de sel.

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